L'enfance de Mike

 

              De son vrai nom Moshe Brand, Mike Brant est né le 2 février 1947, à Nicosie, dans l'île de Chypre, en pleine Méditerranée. Sa mère est une Polonaise brune du nom de Bronia Rosenberg. C'est l'une des rares rescapées du camp d'Auschwitz, de triste mémoire, où toute sa famille a été exterminée par les nazis allemands.

Un miracle de l'amour

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, sa mère, Bronia, peut à peine tenir debout.

En 1945, quatre jours après la libération du camp par l'armée russe, elle arrive au centre d'accueil des déportés de Poking, perdu dans la campagne polonaise. Un miracle se produit. Fichel Brand, un Russe d'une quarantaine d'années, ancien résistant du maquis, l'aide, un soir de distribution de soupe, à se relever. Elle a 23 ans, elle lui sourit, Cupidon frappe très fort, et voilà ces deux miraculés de l'enfer amoureux l'un de l'autre !
Bientôt, Bronia est tellement heureuse qu'elle se remet à chanter. C'est l'amour fou.

Il s'appellera Moshe Mikaêl Brand

Une semaine avant la fête des amoureux, en 1945, Bronia et Fichel Brand partent pour la France et le soleil de Marseille. De là, ils embarquent pour la Palestine dans l'un des << Bateau de l'Espoir >>. Le navire, prévu pour 40 passagers, contient 200 personnes qui rêvent toutes de la Terre promise.
Les Anglais, on le sait depuis le superbe film Exodus, empêchent alors tout débarquement en Terre promise. Les deux amoureux se retrouvent dans un centre d'accueil de l'île de Chypre, entre Nicosie et Limassol. C'est là, à l'hôpital de fortune du camp, que naît, le premier février 1947, un beau bébé de 4 kilos et demi, aux cheveux noirs et aux yeux bleus. Il s'appellera Moshe Mikaêl Brand.

La petite famille Brand débarque finalement, fin septembre 1947, à Haïfa, en Israël. De là, un vieux bus les emmène par une route poussiéreuse dans l'une de ces communautés agricoles d'une terre palestinienne qui n'est pas encore le nouvel Etat d'Israël, le kibboutz Gvat, en Galilée.

Fichel et Bronia y élèvent des poulets et travaillent la terre. Ce n'est pas très facile pour eux, mais le petit Moshe peut au moins gambader, se gaver de fruits et d'œufs et découvrir la nature. Au bout d'un an et demi, ils retournent à Haïfa et s'installent au 9, rue Kibboutz-Galouiot. Fichel travaille cette fois à la mairie du port.

Un enfant muet !

Les cheveux de Moshe s'éclaircissent, le bébé est timide, mais attachant. Un petit frère, Zvi, vient rejoindre la famille.

Tout pourrait aller bien pour les Brand, malgré des conditions matérielles précaires. Le petit Moshe est un enfant vif et joueur, mais il ne marche qu'à l'âge de 19 mois et, drame, il ne se décide pas à parler. Il sait rire à l'occasion, un point, c'est tout ! C'est un enfant muet ! Les parents Brand emploient les grands moyens. Ils vendent une partie de leur mobilier et font le voyage jusqu'aux Etats-Unis. Le spécialiste consulté ne les rassurent pas mais un autre, en Israël, est catégorique : Moshe parlera un jour, mais quand, nul ne peut le dire, il faut être patient. Sa mère lui accroche une pancarte autour du cou : << Prière de le ramener, s'il se perd, à l'adresse suivante ... >>.

Il parle !

Le petit Moshe dessine : c'est son seul moyen de communication !

Il prononce enfin, à 5 ans, son premier mot, kerach, << glace >>, pour réclamer un cornet de glace au marchand ambulant. Ses parents s'agenouillent pour remercier le Ciel ! Mike Brant parle enfin, c'est un miracle ! Dès lors, il n'arrête plus de gazouiller ! A 6 ans, il entre à l'école, découvre la lecture, il aide aux travaux ménagers de la maison et se prend d'une passion pour la pêche. C'est un contemplatif qui aime s'installer à la fenêtre du domicile familial pour observer silencieusement les allées et venues des oiseaux ou des chats. Mais il adore aussi faire le pitre devant ses copains de classe : << A 6 ans, Mike avait un besoin vital de s'exprimer en public, comme pour rattraper ces quatre années qui l'avaient plongé dans le silence >> , a depuis expliqué son frère cadet Zvi.

Vedette ou clochard !

Ses parents ont bien compris qu'ils avaient affaire à un enfant original, surtout lorsque celui-ci leur dit un jour, brutalement : << Plus tard, je serai vedette... ou clochard ! >>

Moshe continue à égayer la table familiale, qui en a besoin, car elle est bien pauvre. La famille est gaie, unie, harmonieuse, mais l'ombre des camps pèse malgré tout, sans que les garçons Brand en aient conscience.
Finalement, Moshe est renvoyé de l'école, malgré son intérêt pour l'histoire et la lecture. C'est, pour lui, sans importance ; il a découvert depuis peu, à la synagogue du quartier, le chant, la musique et tout un monde merveilleux qui est désormais le sien. A 11 ans, Moshe est le seul garçon de la chorale de son école.

Au contact de la nature

Ses parents envoient Moshe poursuivre sa scolarité et travaillé dans le kibboutz Gesher, au grand air, dans la vallée verdoyante du Jourdain.

Il retrouve la nature, cueille les abricots, les semis de blé, trait les vaches, s'occupe de la basse-cour, tout en chantant, bien sûr, à pleine voix ! Moshe adore sa nouvelle vie. Il imite Buster Keaton, Laurel et Hardy et les grands du cinéma muet américain qu'il découvre au ciné-club. Son préféré est Charlot, Charlie Chaplin, car il parvient à l'émouvoir jusqu'aux larmes. A ce propos, Michel Jourdan à écrit dans son livre plein de tendresse, consacré à Mike, un poème touchant : << Avec des nostalgies venues depuis l'enfance, avec tous les non-dits qu'on étouffe en silence, on n'en finit jamais de tourner dans un film ... >>. Moshe va suivre des cours d'art dramatique au Théâtre d'Haïfa. Il est, à la fois, l'élève le plus doué et le moins discipliné.

Venez reprendre votre clown !

Au bout de deux ans, Monsieur Fichel Brant reçoit un télégramme:<< Venez reprendre votre clown ! >>

Il va chercher son fils, devenu berger, qui retrouve son ancienne école Carméli d'Haïfa et ses orangers. Il y restera jusqu'en 1960, sans faire d'éclat. Au bout du compte, papa Fichel place son bon à rien de fils dans un centre d'apprentissage. Désormais, Moshe Brand va réparer les frigos ; c'est un travail sûr dans un pays où l'on a terriblement besoin de se rafraîchir.

Déjà angoissé ...

Moshe reste, malgré tout, une personnalité renfermée et tendue. Il est même bientôt opéré, malgré son jeune âge, d'un ulcère de l'estomac, c'est dire s'il est angoissé !

Cela le privera du service militaire, si important socialement en Israël. Après son opération, il devient guide au musée de la Marine d'Haïfa. La famille Brand déménage au 10 de la rue Sarah.

Déjà chanteur ...

Il décide d'arrêter de chanter à la chorale de la synagogue. Sa voix est si belle qu'on lui confie des airs d'opéra, ce qu'il n'aime pas vraiment.

Un soir de 1962, en rentrant chez lui, il croise dans l'escalier son frère Zvi ; celui-ci, un accordéon sous le bras, va répéter avec une bande de copains du Conservatoire de musique. Mais le petit groupe va mal, le duo piano-accordéon n'est pas bon, il manque une guitare et une voix. Zvi invite Moshe à en devenir le chanteur-guitariste : << Avec toi, je suis sûr que ça marchera >> Mike ne se fait pas prier......

Moshe devient Mike

Déjà, Moshe monte sur scène

A 15 ans, le fils aîné des Brand n'a peur de rien.
Il va se proposer pour animer, dans un grand hôtel d'Haïfa, le réveillon de la Saint Sylvestre. Il est accepté, à son grand étonnement : déjà, malgré les apparences, il manque d'une certaine confiance en soi.

A 17 ans, Moshe est devenu un artiste à la tête de son groupe, les Chocolate's. Il anime les soirées privées et les fêtes familiales d'Haïfa avec un succès de plus en plus grand. Et là, il trouve ses marques, sa voie. Il aime les contact avec les public, la scène : << C'est peu de chose apparemment, juste une estrade et un rond blanc, mais c'est quand même impressionnant, la Scène... C'est le refuge de ceux qui ont encore plus besoin qu'envie de s'inventer une autre vie ... >> (le poème LA SCÈNE de Michel Jourdan).

Son nom sera Mike Brant

A 17 ans, Moshe prend le nom de MIKE BRANT (et non pas Brand, pour ne pas être confondu avec la marque d'électro-ménager, dira son frère Zvi avec humour) à l'occasion de son premier engagement au Rondo, le night-club de l'hôtel Dan Carmel à Haïfa, avec ses amis musiciens David Azoulay et Kobi Erlich. Et puis, << Mike >> fait plus vedette américaine que << Moshe >> !
Lorsqu'il ne chante pas, il est vendeur d'oranges ou garçon de garage, car il faut bien gagner sa vie.

Ses conquêtes féminines

Mike Brant chante au Rondo pendant un an et demi. Les mois défilent, son charme opère de plus en plus, ses yeux bleus et sa silhouette d'athlète font des ravages, les conquêtes féminines se multiplient.

Mais, raconte son frère Zvi; << il y avait deux choses qu'il ne supportait pas, c'était que l'on dise que les femmes se déplaçaient uniquement pour son physique, et non pour sa voix. S'il y avait une chose à laquelle il tenait, justement, c'était sa voix. Autre détail qui le mettait hors de lui, c'était d'être un "chanteur de bal", un chanteur sur lequel on danse, mais que l'on n'écoute pas forcément >>.

Dans le night-club de l'hôtel Hilton à Tel-Aviv, il vient interpréter pour la clientèle internationale des hits américains de ses chanteurs préférés :

Tom Jones, Elvis Presley, Frank Sinatra, Aretha Franklin, les Platters dont il aime la voix du soliste, haut perchée. Mike chante des chansons italiennes comme O SOLE MIO, qui vont comme un gant à ses airs de << crooner >> et à sa voix ensorcelante. C'est la période la plus belle, la plus épanouissante de sa vie, il fait ce qu'il veut. Le directeur de l'hôtel le considère comme son propre fils et lui passe ses caprices. << Je n'avais pas de soucis, pas de problèmes, je gagnais bien ma vie, j'avais le temps de vivre >>, dira plus tard Mike.

Son premier fan meurt

En 1967, tout va bien : Mike Brant est devenu un chanteur coté dans le circuit des grands hôtel. Mais son père, qui a toujours été son premier fan, meurt.

Mike est très affecté par sa disparition. Sa mère a raconté : << Mon fils avait une très grande admiration pour son père et, pour lui, sa mort le privait non seulement d'une affection, mais également d'un grand soutien professionnel. C'est pour son père qu'il souhaitait à tout prix réussir. Pour lui, cette disparition qui survenait au moment où il commençait à bien gagner sa vie et à être connu représentait une réelle injustice. Il ne l'acceptait pas... >> Mike, abattu, reprend son métier, mais désormais, il commence chacune de ses prestations en interprétant la chanson préférée de Fichel Brand. Peu après, à 19 ans, Mike Brant est engagé comme chanteur dans la célèbre troupe du grand music-hall d'Israël, Lakat Karmon. Pendant deux ans, il fait connaître à l'Afrique, à l'Australie et aux États-Unis les airs du folklore israélien.

Son premier fan meurt

Il reprend sa liberté. Un nouvel engagement, en solo, lui est proposé, cette fois à l'hôtel Sheraton de Tel-Aviv, puis au Baccara, le cabaret de l'hôtel Hilton de Téhéran, en Iran.

Il imite alors le comique américain Jerry Lewis et étoffe son répertoire anglais et italien. Sa voix de chanteur est tout à fait exceptionnelle : une gamme de DIX-SEPT notes en voix pure plus DIX notes en suraiguës !

Sylvie Vartan et Carlos

A Téhéran, Mike chante jusqu'à 150 chansons par nuit ! Mais sa performance n'est pas vaine, elle est remarquée par une belle blonde de 22 ans, la chanteuse Sylvie Vartan (qui passe dans le même programme que lui) et par son jovial secrétaire-partenaire Carlos.

Tous deux chantent alors leur tube DEUX MINUTES TRENTE-CINQ DE BONHEUR. La rencontre s'avère décisive. << Il avait une telle volonté de réussir et semblait si ambitieux que nous l'avons ramené avec nous >>, dira plus tard Sylvie Vartan. Mike les rejoindra seulement quelques semaines plus tard à la fin de son contrat. Il prend un billet Téhéran/Tel-Aviv/Paris ; il ne parle pas français, à peine anglais. Et Sylvie Vartan s'engage même, en cas de déception, à lui payer son billet de retour.

Paris, la ville lumière

1969 : Mike Brant arrive comme dans un rêve à Paris. Malheureusement, il lui est impossible de joindre au téléphone Carlos ou Sylvie Vartan !

Il se fait déposer sous la pluie, près de l'église de Saint-Germain-des-Prés, car c'est le seul endroit dont il a entendu parler à Paris. Il loue une petite chambre et traîne dans le quartier Latin. Il fréquente la pizzeria de l'italien de la rue des Saints-Pères.
Fauché, désemparé, il est sur le point de rentrer en Israël après une semaine difficile. Au moment d'embarquer, à l'aéroport d'Orly, il tente un dernier coup de fil. Signe du destin, Carlos, qui rentre de tournée, décroche. Il l'invite immédiatement à dîner chez lui et l'héberge dans son appartement de la rue Saint-Benoît. Nous avons bien failli ne jamais connaître ce chanteur extraordinaire...

Laisse moi t'aimer

Grâce à Carlos, Mike se produit au club Bistingo, où ce jeune Méditerranéen, beau comme un dieu, ne passe pas inaperçu !

Carlos le présente un soir à Jean Renard, l'un des compositeurs de Johnny Hallyday (QUE JE T'AIME) et de Sylvie (LA MARITZA). Mike lui chante le classique de Gershwin, SUMMERTIME : Jean Renard et son entourage sont renversés. Très vite, il lui propose une chanson : LAISSE MOI T'AIMER. L'éditeur Gérard Tournier et Jean Renard le signent sans aucune hésitation pour cinq ans sur leur catalogue discographique distribué par CBS.
La carrière de Mike Brant en France semble bel et bien partie.

Un chanteur Français

Le réveillon 1970

Avant les douze coups de minuit, la speakerine Jacqueline Huet présente pour la première fois Mike Brant à la télévision française.

Et le standard de la télé explose, le coup de foudre est instantané !
Les grands producteurs télé de l'époque, Jacques Martin, Philippe Bouvard, Guy Lux, l'aident à se faire connaître. Bientôt Mike, présente son premier album longuement mûri au cours de 265 séances d'enregistrements (!). Il éclate littéralement aux yeux des téléspectateurs européens qui le voient chanter, le 28 octobre 1970, MAIS DANS LA LUMIÈRE et remporter le Grand Prix international RTL. Heureux, il passe la fin de soirée en discothèque en compagnie de Dalida. Rencontrée en 1969 au festival de la Chanson de Venise, Dalida impressionne beaucoup Mike, elle deviendra une amie. Elle lui propose même de passer en << vedette anglaise >> dans son prochain spectacle à l'Olympia de Paris !
En Israël, les radios et les journaux s'emparent alors de l'enfant du pays pour ne plus le lâcher.
En France, Mike devient le chouchou des jeunes.

L'accident

Début 1971, Mike fait un triomphe au Midem. Cette année-là, il sort trois 45 tours : NOUS IRONS À SLIGO, À CORPS PERDU, LA FILLE À AIMER, et un album qui se vendra à 380 000 exemplaires.

Il chante au festival de Provins et enregistre ses deux premières chansons en allemand et LAISSE MOI T'AIMER en italien. Pourtant, le 14 février 1971, il est victime d'un terrible accident de voiture sur la route de Bourg-en-Bresse. Soudain sa voiture cale et un camion qui surgit ne peut l'éviter. Il subit un traumatisme crânien. France-Soir titre que Mike Brant a perdu la mémoire ! Ce n'est pas vrai mais il s'en sort très secoué. Monique Le Marcis, dira rétrospectivement qu'après cet accident, il n'a peut-être pas été correctement soigné : tous ses problèmes ultérieurs seraient venus de là.

Dalida et Mike

Le 23 novembre 1971, Dalida passe en vedette à l'Olympia de Paris, Georges Chelon en << vedette américaine >> et Mike Brant en << vedette anglaise >> pendant dix-sept jours.

Certes, son nom est en tout petit sur l'affiche lumineuse rouge du music-hall du boulevard des Capucines, mais sa voix de soleil fait merveille. Il chante LAISSE MOI T'AIMER, dont il a déjà vendu 1 million d'exemplaires, reprend les Platters et imite son idole Jerry Lewis. Désormais Mike n'est plus un inconnu. Sa mère est au premier rang, heureuse. D'autant que son fils lui a acheté, avec ses premiers cachets, une maison blanche aux volets bleus à Haïfa.
Ce passage à l'Olympia va pourtant détacher Mike de son producteur, Jean Renard. Pour lui cet Olympia vient trop tôt dans la carrière de Mike, qui n'est pas encore tout à fait au point.

1972 : Qui saura

QUI SAURA est le vrai début d'une folle carrière et d'une grande collaboration entre Mike et Michel Jourdan.

Mike a découvert ce titre au festival de la Chanson de San-Remo (en Italie), où il était interprété par le chanteur aveugle José Féliciano. QUI SAURA sera l'un de ses plus grands succès.
Michel Jourdan l'avait adapté, Claude François, Régine, Richard Anthony avaient songé à l'enregistrer, mais c'est finalement Mike Brant qui en fera un succès. Ce disque ne sortira qu'au printemps 1972, car le producteur Jean Renard avait refusé de le publier. Et il faut attendre l'arrivée du nouveau producteur de Mike, Charles Talar, pour découvrir cette réussite, bientôt numéro 1 du hit parade national. Désormais Alain Krief, son ami d'Israël et son confident, devient le réalisateur de ses disques.

Il devance Clo-Clo !

Mike se lance un nouveau défit : écrire lui-même les musiques de ses chansons. Il a coutume de dire : << Qui ne tente rien ... Dieu que je le plains ! >>

Alors, il s'enferme des nuits entières seul avec sa guitare. Sa première mélodie est habillée de mots par Richard Seff et devient C'EST MA PRIÈRE, un titre pas très éloigné de MY PRAYER des Platters que Mike aime tant. Ce huitième disque devient N°1 des ventes ; c'est un nouveau triomphe, plus gratifiant pour Mike qui grandit artistiquement. A cet instant, Mike Brant dit à la presse : << Je veux monter, mais lentement, j'ai beaucoup à apprendre. Chaque fois que je chante sur scène, je fais des progrès ... >>

Mike s'isole à Toulouse

Désormais, Mike distillera à ses paroliers ses musiques au gré de ses tournées.

Souvent par téléphone ou sur des cassettes rapidement enregistrées. Michel Jourdan devient un collaborateur indispensable, parce qu'il affectionne, comme Mike, les chansons un peu pathétiques.
Mike aime aller à Toulouse pour enregistrer. Là-bas, il a la paix, un studio et des musiciens disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre ; et puis, il aime la province, plus humaine à ses yeux que Paris.
Ses trois succès de 1973 sont RIEN QU'UNE LARME, TOUT DONNÉ, TOUT REPRIS et VIENS CE SOIR. Dès qu'il le peut, pour se ressourcer, Mike part en voyage au soleil...

Mike et les femmes

Celles qu'il a aimées

En 1973, on voit Mike Brant avec de belles blondes du Nord mais également, et contrairement à la légende, avec de belles Méditerranéennes ; son charme opère dans toutes les circonstances.

Selon son entourage, il aime jouer au chat et à la souris avec les femmes réputées difficiles, un peu inaccessibles, pas faciles à conquérir. Mike aime celles qui ont gardé, comme il le chantera, << quelque chose de l'enfance >>. Celles qui tiendront une place à part dans son coeur sont Guitta, une hôtesse de l'air danoise, émigrée au Canada (qui lui demanda de choisir entre elle et son métier) ; Corinne, une jeune Suissesse ; Christine, une Française, (l'ex-femme du réalisateur de cinéma Claude Lelouch) ; Mikhal Tal, une chanteuse israélienne et Lena, une Danoise, son dernier amour.

Une vie privée sacrifiée

De l'avis de tous ceux qui l'ont connu, Mike Brant était un grand coeur et avait une sensibilité à fleur de peau. Mais pour son métier, il a sacrifié sa vie privée. Ses appartements successifs à Paris, à Neuilly, sont toujours presque vides : quelques tableaux peints par lui, des coussins, un lit, une guitare et c'est tout.

Quand il a le cafard, il écoute ses chanteurs francophones préférés : Jacques Brel (dont il reprendra NE ME QUITTE PAS à la télévision dans l'émission Cadet Rousselle), Léo Ferré, et va parfois dîner avec Michel Polnareff, qu'il admire sincèrement et qui lui fait découvrir la cuisine française. Ses passions sont les échecs, la peinture et le jazz; Mais, coté coeur, Mike n'a peut-être encore jamais connu le grand amour. Pourtant il est en permanence sollicité, traqué par les fans, les filles, les femmes. Pour se protéger, Mike doit sans cesse changer d'adresse et de numéro de téléphone. Sa vie privée devient un enfer.

Adulé mais malheureux

Sa mère a bien senti son désarroi, son mal de vivre et ses déceptions sentimentales qu'il chante dans TOUT DONNÉ, TOUT REPRIS. Pour elle, Mike est un garçon trop sensible et trop fragile pour évoluer dans le monde du show-business.

Pour lui venir en aide, elle propose alors à Mike de la rejoindre en Israël pour passer quelque temps en famille, comme au bon vieux temps. Elle réalise que son fils est véritablement perturbé par la vie de star qu'il mène en France et pense même le faire examiner par un spécialiste.
Mais Mike refuse. Il se jette, comme il le chante, À CORPS PERDUS dans son métier, où il est toujours l'un des N°1. Cet angoissé, fragile, assoiffé d'amour, aime la nature et les animaux, dont in ne peut de passer : les chiens, les chats, les oiseaux et les chevaux. Il lui arrive même parfois d'aller à ses rendez-vous avec un chaton dans son blouson !
Pour rassurer sa mère, et lui faire plaisir, Mike et Michel Jourdan écrivent une chanson émouvante : ELLE A GARDÉ SES YEUX D'ENFANT.

Les concerts

Le lendemain d'un concert historique, au Palais d'hiver de Lyon, le 2 février 1973, Mike est à Marseille, à la salle Vallier, devant plus de 5000 personnes !

Une jeune fan en furie escalade la scène et le mord en plein spectacle !
Tout retourné, Mike dira à un journaliste : << Les Marseillaises, monsieur, je les adore... elles m'ont marqué pour la vie ! Mais je n'oublierai jamais non plus les filles de Lyon ... >>.
Il faut dire que pendant son spectacle, ces dernières l'ont couvert de fleurs, de ballons, de mouchoirs, de petits mots d'amour, de peluches et même de soutien-gorge !

Serre-les poings et bats toi

En 1973, Mike enchaîne tournée sur tournée et soixante-dix galas pendant l'été.

Sur scène, il aime chanter SERRE LES POINGS ET BATS-TOI, dont l'énergie lui permet d'offrir une autre facette de sa personnalité, une autre image. Malgré son succès considérable, il n'est toujours pas passé à l'Olympia en vedette et fait plus de scène en province qu'à Paris ! << Je tourne à raison de 250 galas par an. Mon cœur devient une horloge, je suis heureux, mais n'en peux plus ... >> dira Mike Brant.

Mike se sent mal aimé

Même s'il chante ET JE SUIS HEUREUX, Mike perd le sommeil et tombe dans la ronde infernale des somnifères, surtout après son accident de voiture en 1971.

Trop pur, trop seul, trop vulnérable, Mike est << fragile en dedans >>, comme l'a écrit Michel Jourdan. Alors qu'il est complexé et toujours en mal d'amour, Mike est plus que jamais jalousé...
<< Au début de sa carrière, il ne savait pas qu'on ne l'aimait pas. Peu à peu, il s'est aperçu que les gens (du métier) le trouvaient froid, et il a commencé à comprendre qu'il était mal aimé >>, raconte Michel Jourdan.
Mike Brant se sent pour toujours l'étranger, même dans son pays natal. Son regret de ne pas avoir pu participer, en 1973, à la défense de son pays natal et à la guerre de Kippour, pour raisons médicales, est immense.
Cela n'arrangera pas sa situation psychologique précaire. Alors Mike part chanter sur le front israélien pour ses compatriotes et il visite les hôpitaux militaires... Mais à son retour, Mike ne va pas bien et tout le monde s'en rend compte...

La disparition d'une idole

Un bien étrange producteur...

En 1974, Mike, qui continue à chercher sa voie, change de producteur. Il quitte Charles Talar pour signer avec Simon Wajntrob.

Ce producteur connaît la terre entière, possède de grands bureaux sur les Champs-Elysées, une Rolls bleue, et côtoie le monde des chevaux et de la peinture. Mike n'est pas un homme d'affaires et il se laisse facilement impressionner par Wajntrob qu'il rencontre un soir dans le club de son amie, la chanteuse Dani.
Avec ce producteur, Mike, qui cherche à briser sa solitude et à connaître de nouveaux horizons, découvre un autre monde encore plus fou, celui des milliardaires, des yachts et des ports privés, des écuries de courses et des haras, des manoirs en Normandie et en Sologne, des jolies femmes aristocrates...
Mais comment garder les pieds sur terre dans ce milieu coupé des réalités de la vie ? Mike a-t-il fait le bon choix ? Ses proches en doutent !

C'est comme ça que je t'aime

En 1974, les tubes qu'il enregistre pour Simon Wanjtrob sont C'EST COMME ÇA QUE JE T'AIME, SERRE LES POINGS ET BATS-TOI, ON SE RETROUVE PAR HASARD et, à l'automne, QUI POURRAS TE DIRE ?

A Noël, Mike sort un nouveau disque, son quatrième et dernier album. Il cherche de nouveaux horizons artistiques et avertit : «Jusqu'alors, j'étais jeune, j'étais novice dans le métier et même si, souvent, j'ai eu le sentiment d'avoir raison, je me suis toujours rangé à l'avis de mon entourage. Désormais, terminé ! Je veux être un artiste, un vrai, qui fonctionne selon les élans de son coeur. Sachez qu'en ce sens, ma carrière est en train de prendre un tournant décisif.»
Et puis, Mike est perturbé par la guerre entre Israël et ses voisins, son frère se bat sur le front du Gola. Il part chanter devant les soldats combattants et visiter longuement les blessés dans les hôpitaux...

Mike pleure dans les loges

Mike Brant supporte-t-il encore sa gloire et sa condition de star ? Ce n'est pas sûr ! Son comportement devient vraiment étrange.

Le 4 mai 1974, lors d'un gala à Boissy-Saint-Léger, il s'arrête à la quatrième chanson, délaisse 4000 spectateurs médusés et se sauve dans la nuit... Le 11, à Cambrai, il casse le miroir de sa loge à coups de poing. Désormais, il pleure dans les loges avant d'entrer en scène... Mike ne va pas bien et tout le monde s'en rend compte.
Pourtant Mike n'a jamais été aussi populaire. Il avoue à cet instant à la journaliste Monique Pantel qu'il voudrait tourner un film et qu'il n'aime pas les minettes hystériques parce qu'elles crient pendant qu'il chante, sans l'écouter vraiment. «Il avait, dans le travail, se souvient un de ses photographes attitrés, Bernard Leloup, un caractère de cochon, exigeant et méticuleux.»
Fin juillet 1974, il va se reposer à La Seyne-sur-Mer, près de Toulon, puis durant l'automne en Suisse, à la montagne, à Saint-Cergues, près de Genève.

Première tentative de suicide

Le 22 novembre 1974, à bout, Mike fait une première tentative de suicide, en se jetant du cinquième étage de l'hôtel de la Paix, à Genève. Ses chaussures à talons l'arrêtent au troisième étage.

Dalida et Charles Aznavour viennent discrètement le visiter à l'hôpital et soutenir son moral chancelant. Auprès de ses amis, il s'excuse de son geste, qui l'a dépassé : il n'est pas doué, dit-il, pour le bonheur. «J'aime la vie, je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça !» Finalement, Mike Brant s'en sort bien, il en est quitte pour un traumatisme crânien (encore un !) des fractures des deux jambes, dont une ouverte, de la gauche, qui perdra dans l'épisode deux ou trois centimètres. Bientôt, à sa grande fierté, il arrive à marcher sans béquilles, mais en serrant les dents...

Une dernière chanson

Le 2 février, dans sa petite chambre de l'hôpital de Genève, il fête, dans la bonne humeur, son vingt-huitième anniversaire, avec sa mère, ses deux infirmières et son chirurgien. Celui-ci annonce pourtant une cinquième opération de la jambe gauche, partiellement atrophiée.

Mike et ses paroliers travaillent intensément la phonétique des textes de ses chansons, afin de mieux servir sa voix bouleversante. Et il continue à être le plus gentil des chanteurs, qui n'hésite pas à se déguiser en Père Noël pour ses fans. À Toulouse, Mike conseille utilement une maman désespérée par sa petite fille muette : «Laissez une lampe allumée près de son lit.» Il confie : «Un jour, j'aurai un enfant et ce sera une renaissance...» Mais il n'aura pas le temps de tout dire...
Au printemps, Mike Brant enregistre, à Toulouse, l'adaptation du célèbre tube de Morris Albert, FEELINGS, sous le titre DIS-LUI. «Mike était très occupé, donc je n'avais jamais l'occasion de lui parler des chansons avant qu'il les enregistre. Et sans connaître la chanson, il l'interprétait avec une émotion extraordinaire ! Il avait un instinct du phrasé, de la respiration. C'était un immense interprète...» dira Michel Jourdan.
A l'écoute de DIS-LUI, Mike est satisfait et il confie à son complice, Michel Jourdan, qui en a écrit les paroles : «Nous irons à l'Olympia avec cette chanson.» Quelques jours plus tard, il vient d'arrêter le traitement qu'il suivait et qui le faisait grossir, Mike doit faire sa rentrée à la télévision chez Guy Lux et à la radio à RTL et, doit même visiter un appartement avec Lena, sa fiancée, le vendredi 25 avril ...

Une mort mystérieuse

Ce vendredi-là pourtant, après avoir écouté le premier mixage de DIS-LUI, Mike Brant se jette du sixième étage d'un immeuble parisien...

Quand la nouvelle tombe, des milliers de jeunes pleurent la mort de leur idole. Sur toute les lèvres et dans tous les regards les mêmes questions : «Pourquoi un homme aussi jeune, aussi beau et aussi doué s'est-il suicidé ?», «Que pouvait-on faire pour l'en empêcher ?»...
Pendant la cérémonie religieuse, à la synagogue du 44 rue des Victoires, à Paris, il y a un monde fou. Le chagrin qui remplit le coeur des personnes présentes est insoutenable. Le temps s'est arrêté... à jamais.

Des morts en série

Moshe Brand, dit Mike Brant, qui rêvait de créer une chorale d'enfants de toutes les couleurs et de tous les pays, est enterré le 7 mai 1975 au cimetière du camp David d'Haïfa.

Au-dessus de sa tombe, un arbre coupé pour symboliser une vie brisée. En 1983, sa mère meurt d'un second infarctus, en fait, de chagrin. Mais ce n'est pas tout : son secrétaire Alain Krief ainsi que son dernier producteur Simon Wajntrob mourront bientôt de mort violente, sans que la police ait jamais pu déterminer s'il s'agissait de suicide ou de meurtre !

Que se passe-t-il dans l'entourage de Mike Brant ?

La presse populaire parlera peu de ces affaires «pas normales» mais s'étendra longuement sur le portrait astrologique de Mike Brant, qui révèle un être assoiffé d'amour...
Aujourd'hui, son fan-club entretient soigneusement la mémoire de Mike Brant. Et tous les enfants qui entendaient leurs parents se passer ses disques (dont TOI MON ENFANT de 1973...) prennent le relais et deviennent à leur tour des porteurs de la flamme de l'idole disparue et toujours si présente.

Qui saura vraiment ?

Toutes les hypothèses sont ouvertes. Une grosse dépression ? Une saturation psychologique liée à son métier, mais également à son enfance ou à son entourage ? Dans son numéro de septembre 1995 de VSD, le chanteur Dave parlait de révélations qui lui avaient été faites par le dernier producteur de Mike, Simon Wajntrob, mettant en cause certaines personnes de l'entourage du chanteur qui l'auraient poussé psychologiquement à son geste fatal... Mike Brant s'est-il suicidé ou a-t-il été la cible d'une organisation qui a méticuleusement étouffé l'affaire ? Saura-t-on jamais ?

L'ancien réalisateur en chef de Salut les Copains, Eric Vincent, dira après coup : «Mike Brant était fragile pour exercer un métier public» Son parolier Michel Jourdan, qui le connaissait si bien, écrira pour sa part, dans le livre Il n'a pas eu le temps : «A cause de l'Holocauste subi par leurs parents, les enfants de déportés restent marqués à vie. Ils héritent, plus ou moins, d'une sorte de brouillard au fond des yeux et de bleus à l'âme à jamais indélébiles...» Voilà peut-être l'explication du mystère Mike Brant.

                                                                                     

 

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Date de dernière mise à jour : 18/12/2011

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